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Mercredi 13 mai 2009

Au-delà du mal (By Reasons of Insanity) est un roman policier, écrit en 1979 par Shane Stevens, pseudonyme d’un auteur américain dont on ne sait pas grand chose.


Résumé

A l’âge de dix ans, Thomas Bishop assassine sa mère. Quinze ans plus tard, il s’échappe de l’établissement psychiatrique où on l’avait enfermé. Pour lui, les femmes sont des démons et il n’a plus qu’un seul objectif : les éliminer toutes, de la première à la dernière.
Commence alors une chasse à l’homme comme l’Amérique n’en a jamais connu, derrière un tueur faisant preuve d’une intelligence hors-normes, ayant toujours un coup d’avance, bref, insaisissable.



Mon avis

« Pour le bien de la société, un monstre de son acabit devait absolument être capturé ou détruit. Le salut de l’espèce l’exigeait. De même qu’un organe défectueux se doit d’être retiré pour la survie du corps, un individu défectueux se doit de l’être pour la survie du groupe. Et Vincent Mungo (un des nombreux alias de Bishop) était défectueux. Il tuait ses semblables. Une vraie métastase. »

Thomas Bishop, doté d’une intelligence à toute épreuve, a eu quinze ans pour préparer sa vengeance. Après son évasion spectaculaire, il sème la mort sans répit, changeant d’identité comme de chemise, laissant tout au long de son périple plus de cadavres que d’indices. A côté de lui, Hannibal Lecter et consorts font figure de petits joueurs.
L’aspect psychologique du personnage est si réussi qu’il met mal à l’aise. Stevens nous met dans la tête de ce meurtrier sans pitié et l’on n’a alors d’autre choix que d’essayer de comprendre la raison de ses actes insensés.


« D’un autre côté, il devait bien reconnaître que ce Kenton était très fort, comme un reporter qui aurait eu les compétences d’un flic. Malheureusement, ce dont il avait le plus besoin en ce moment, lui, c’étaient de quelques flics qui ayant les compétences des flics. »

Si le personnage de Bishop est exceptionnel – peut-être le personnage de serial killer le plus abouti de la littérature policière ? – le travail de Stevens sur les personnages secondaires est tout aussi remarquable.
Autour du tueur en série gravitent une galerie de personnages hauts en couleurs, dont le roman suit le destin en parallèle – ce qui soit dit en passant pourrait exaspérer les lecteurs amateurs d’une intrigue simple.
On suit ainsi de nombreux protagonistes :
- plusieurs hommes de médias dont Adam Kenton, le journaliste chargé de retrouver Bishop avant la police
- plusieurs policiers : l’intuitif lieutenant Spanner, un des premiers à s’être lancé à la poursuite du tueur, mais aussi le shérif Oates ou l’inspecteur Dimitri
- Stoner, un politicien à l’ambition démesurée, bien décidé à réussir par tous les moyens
- Finch, un criminologue passionné par les tueurs en série, rêvant de percer le mystère Bishop pour écrire un livre
- Le père d’une des victimes du monstre, bien décidé à se venger en faisant appel à la pègre …

« Le soir, il se gobergea jusqu’à l’épuisement et s’endormit devant une émission de télévision où il était question d’un double viol commis par une bande de voyous, d’un cadavre, gisant dans son sang, et filmé à grand renfort de plans serrés, d’un enfant balancé du quatrième étage par un de ses parents et d’une fusillade entre la police et un preneur d’otages – le tout en moins d’un quart d’heure. L’émission s’intitulait Le journal télévisé du soir. »

Aux nombreux personnages peuplant ce riche roman vient s’ajouter en toile de fond une critique féroce de l’Amérique contemporaine et de ses dérives.
Shane Stevens nous plonge tout au long de ce roman fleuve dans les Etats-Unis de la seconde moitité du XXe siècle, du quotidien des gens simples aux rouages politiques du sommet de l’Etat.

Malgré quelque 750 pages et des descriptions fouillées, l’intrigue demeure très intense du début à la fin. Si l’on ressort de ce livre éprouvé par la carrière de Bishop, on a bien du mal à le lâcher avant d’en connaître le dénouement.

Après avoir profondément influencé la crème du polar américain (Ellroy, King ou encore Connolly ne cachent pas leur admiration pour ce livre), Au-delà du mal, énorme roman de serial killer (mais pas seulement, ce serait réducteur) devrait enfin connaître en France le succès qu’il mérite.


 

Au-delà du mal (By Reasons of Insanity, 1979), Shane Stevens, Sonatine Editions (2009). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude (759 pages).

Par Hannibal - Publié dans : Polar américain
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