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Hannibal le lecteur

Le passé est une terre étrangère / Gianrico Carofiglio

10 Avril 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar italien

Le passé est une terre étrangère est le troisième roman noir de l’Italien Gianrico Carofiglio à paraître en France, toujours chez Rivages.


Résumé

Giorgio rencontre une femme dans un bar. Il ne la reconnaît pas tout de suite, puis les souvenirs d’une certaine période de sa vie lui reviennent en bloc.
Bari, 1989. Giorgio a alors vingt-deux ans, termine son droit et mène une vie tranquille, trop tranquille. Il rencontre alors Francesco qui lui apprend à jouer au poker, puis à gagner à tous les coups. Avec un peu d’entraînement, tricher n’est pas bien compliqué. Giorgio se prend au jeu. Les deux compères jouent de plus en plus gros et Giorgio se laisse entraîner par Francesco toujours plus loin dans l’illégalité.


Mon avis

J’avais beaucoup aimé Témoin involontaire, le premier roman de Carofiglio, et si je suis pour l’instant passé à côté du second, Les yeux fermés, je ne risquai pas grand chose à ouvrir celui-ci.

Pour commencer, je trouve le titre très beau, et qui plus est en italien – Il passato è una terra straniera. Ca sonne bien et prend tout son sens à l’aune de la lecture du roman.

« J’ai fait un signe de la tête que j’étais d’accord. Comme quelqu’un qui maîtrise bien la situation.
En réalité je ne comprenais rien à ce qu’il racontait. J’en avais une vague intuition, comme je percevais vaguement que cette nuit-là, j’étais sur le point de franchir un cap. Peut-être même que le cap était déjà franchi. »


Carofiglio a l’art et la manière de nous faire adhérer à un personnage en quelques pages. Je gardais des bons souvenirs de son avocat Guido Guerreri – à qui l’on a affaire dans les deux premiers romans. Avec Giorgio, le personnage principal de celui-ci, il fait plus fort encore, tout le roman repose sur ce personnage parfaitement réussi.
Giorgio, étudiant modèle de vingt-deux ans terminant son droit, est arrivé à un point de sa vie où il ne sait plus très bien ce qu’il veut faire lorsqu’il rencontre Francesco. Il se laisse d’abord convaincre de jouer au poker, puis de tricher, et, ne contrôlant plus rien et ne parvenant pas à dire non à son nouvel ami, se laisse entraîner de plus en plus loin dans l’illégalité.

« Si quelqu’un dit que la vie n’est pas une continuelle succession de manipulations, c’est qu’on a affaire soit à un menteur, soit à un crétin. La vraie différence n’est pas entre manipuler ou ne pas manipuler. La différence est entre manipuler volontairement et manipuler involontairement. » […]
« Les jeux de magie – ou la tricherie aux cartes – sont une métaphore de la réalité quotidienne, des rapports entre les gens. » […]
« Les gens manipulent et se font manipuler, trompent et se font tromper continuellement, sans s’en rendre compte. Ils font du mal et en reçoivent, sans s’en rendre compte. Ils refusent de s’en rendre compte parce qu’ils ne pourraient pas le supporter. La prestidigitation est une chose honnête parce qu’il est clair dès le départ que la réalité n’est pas dans ce qui se voit. »


La construction du roman m’a également beaucoup plu. Il s’ouvre aujourd’hui, par la rencontre de Giorgio avec une femme dans un bar. Lorsqu’il la reconnaît, tous ses souvenirs de 1989 lui reviennent en bloc. C’est à cette histoire qu’on est alors confronté pendant trois cent pages. La fin répond magnifiquement au début. Je ne peux rien vous dire de plus pour ne pas vous la gâcher, mais sachez qu’elle est vraiment somptueuse, à la hauteur du reste du roman d’ailleurs.

Le passé est une terre étrangère est à mes yeux un excellent roman noir. Les pages tournent toutes seules à suivre Giorgio dans sa perdition inéluctable. Gianrico Carofiglio est décidément un auteur transalpin de grand talent que je ne manquerai pas de relire.



Le passé est une terre étrangère, (Il passato è una terra straniera, 2004) de Gianrico Carofiglio, Rivages/Thriller (2009). Traduit de l’italien par Odile Rousseau (336 pages).

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Maya 31/12/2010 10:07


Je suis actuellement en train de le lire en italien et j'accroche complètement, je ne connaissais pas cet auteur auparavant et je suis pour le moins agréablement surprise par son talent!


Hannibal 31/12/2010 15:31



Je n'ai jamais fait d'italien donc je serai bien en peine de le lire en VO (quoique, avec beaucoup de motivation et un dico, à la rigueur...). En tout cas, j'ai lu trois romans de Gianrico
Carofiglio et ce fut trois très bons moments de lecture. Il va me falloir lire Les yeux fermés (ou Ad occhi chiusi) à l'occasion...


Et puis je me demande bien pourquoi Rivages n'a pas continué à le publier...