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Hannibal le lecteur

Rasta Gang / Phillip Baker

17 Février 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar américain

Rasta Gang est l’unique roman de Phillip Baker.
Initialement paru en France il y a douze ans (chez Fleuve Noir et sous le titre Blood Posse), ce roman vient d’être publié par Moisson Rouge.


Résumé

Brooklyn, 1970. Danny Palmer est un adolescent fraîchement débarqué de Jamaïque. En butte au racisme et à la violence des gangs de Noirs américains qui se livrent aux guerres de territoires pour le contrôle du trafic de drogue, il choisit de rejoindre la secte des Rastafariens qui fera de lui un véritable guerrier de Jah.
Rasta Gang raconte l’histoire de la difficile assimilation des nouveaux arrivants des Caraïbes dans l’importante minorité ethnique noire, déjà à l’étroit, et de la lutte acharnée des rastas pour s’imposer dans les rues chaudes de Brownsville, à coups de flingue, de cocaïne et de pognon.


Mon avis

« New-Lots était considéré comme la jungle : une jungle humaine où les guerres entre les bandes, la prostitution, le racket et la pauvreté régnaient comme des fauves en liberté. »
«  Les choses changeaient à toute allure, les rues étaient devenues un champ de bataille plus féroces que les jungles du Vietnam. »


Brooklyn, 1970.
La violence est omniprésente. Dans les quartiers, entre misère et racisme, la guerre des gangs fait rage, pour le trafic de drogues essentiellement. On s’entretue entre ethnies ou même entre compatriotes, souvent plus par principe ou par inimitiés personnelles que par réel intérêt économique.
Alors que se tient en même temps la guerre du Vietnam, cette triste comparaison : il meurt quotidiennement plus de gens de mort violente dans les rues new-yorkaises que de GI’s dans la jungle vietnamienne.

« Aux yeux des hommes qui m’entouraient, j’avais défié la puissance de Chico à deux reprises, et dans leurs regards se lisait le ressentiment, car ils savaient qu’ils resteraient des sans-grade, alors que j’étais destiné à devenir un chef. Screaming était plein de fierté, mes actes l’avaient grandi aux yeux de ceux qui s’opposaient à lui. Il avait transformé un garçon en homme et lui avait donné la faculté de survivre. »

Danny Palmer à quatorze ans et arrive de Jamaïque.
C’est dans le contexte difficile décrit ci-dessus qu’il entre alors, trop vite et malgré lui, dans la délinquance qui sévit à l’époque. Il quitte sa mère, l’école et l’enfance pour tenter de trouver sa place dans la rue. Dès lors, il n’a plus qu’un objectif, et non le moindre : tenter de survivre dans ce monde impitoyable, et ce par tous les moyens.

Le roman, écrit à la première personne nous est raconté par Danny Palmer, cet ado faisant ses armes de gangster au sein des gangs rasta de New York. L’un des tours de force de l’auteur est de réussir à faire s’attacher le lecteur à ce jeune homme, qui par certains aspects représente ce que l’homme peut faire de pire. Sans vouloir l’excuser, Baker nous amène à comprendre, dans ce qui ressemble fort à un conte initiatique, comment un adolescent apparemment plutôt gentil et intelligent peut en arriver à ce stade ultime de violence, quasiment sans l’avoir choisi.

« Johnny Toobad, comme beaucoup de jeunes Jamaïcains, était obsédé par les westerns et les films de gangsters. Ils vivaient comme leurs héros, vite et dangereusement. Dans leur univers, le flingue régnait en maître. Ils étaient issus de la misère et ne craignaient personne. Pour moi, c’était différent. Le mal que s’infligeait les hommes les uns aux autres m’endurcissait petit à petit. C’était la réalité. »

Réalité, c’est le maître-mot de ce magnifique roman noir, qui est avant toute chose criant de réalisme. Et pour cause puisque Phillip Baker, lui-même gangster jamaïcain de Brooklyn, a écrit Rasta Gang en prison. Difficile alors d’être mieux placé que lui pour écrire sur les guerres de gang intestines, le racisme, les violences policières ou encore les conditions carcérales.

« Le monde est une foire d’empoigne. La moralité n’a plus cours. Il faut être un rat avec un fort instinct de survie. La ville est une jungle, mais pas parce que les gratte-ciel ont remplacé les arbres. »


Le sujet qu’il aborde, allié à son extrême réalisme, fait de Rasta Gang un des romans les plus violents que j’ai eu l’occasion de lire.
En conséquence, s’il est à mes yeux  un excellent roman noir ainsi qu’une œuvre majeure, voire incontournable sur la vie (et la mort) dans les rues américaines, ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains.



Rasta Gang (Blood Posse, 1994), Phillip Baker, Moisson Rouge (2009). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et préfacé par Thierry Marignac (574 pages).

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