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Hannibal le lecteur

Le dresseur d’insectes / Arni Thorarinsson

18 Janvier 2009 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar scandinave

Le dresseur d’insectes est le second roman de l’Islandais Arni Thorarinsson, auteur dont j’ai découvert l’œuvre avec Le temps de la sorcière dont je vous avait parlé ici-même.


Résumé

Au lendemain de la grande fête des commerçants de Akureyri, la grande ville du Nord de l'Islande, on dénombre de nombreuses gueules de bois, quelques dépucelages, plusieurs agressions, plusieurs viols aussi. Mais une femme qui se présente sous le nom de Victoria demande à Einar, le correspondant local du Journal du soir, de se rendre immédiatement, avec la police, dans une "maison hantée" de la vieille ville: ils y découvrent le corps d'une jeune fille étranglée. Personne n'a signalé de disparition. Peu après, Einar apprend que son informatrice, entrée dans une clinique de désintoxication, a été assassinée. Fort de son expérience d'ancien alcoolique, il se fait interner pour mener son enquête. Résistant à la pression de son rédacteur en chef avide de sensationnel, il saura découvrir l'identité réelle des deux victimes, engluées dans des relations perverses, et impuissantes devant les puissances de la modernité qui transforment à marche forcée une société dans laquelle la famille a gardé toute son importance. L'auteur prend le temps de nous présenter ses personnages et leurs ressorts intimes, il nous embarque dans un monde qu'il construit avec beaucoup d'ironie et de tendresse et dont la bande-son très rock and blues, d'où est tiré le titre du livre, donne l'ambiance.


Mon avis

Si j’avais déjà apprécié Le temps de la sorcière dont je garde de très bons souvenirs, j’ai eu grand plaisir à retrouver dans Le dresseur d’insectes l’écriture de Thorarinsson, que j’aime beaucoup, ainsi que cette galerie de personnages avec qui je passe de bons moments.

Les personnages sont toujours aussi réussis, voire meilleurs que dans le précédent roman.
On retrouve bien sûr Einar, le « héros » et narrateur de ces romans, un journaliste un peu looser sur les bords, qui essaie tant bien que mal de rédiger des articles sur la vie d’Akureyri, la grande ville du Nord de l’Islande. Ses supérieurs de Reykjavik lui reprochent son inactivité. Le professionnalisme d’Einar n’est cependant pas forcément en cause : il ne se passe rien là-bas. A moins que…
Le personnage d’Agust Orn, sympathique stagiaire idéaliste et collègue d’Einar est assez bien trouvé.
La relation d’Einar avec son ado de fille, qu’il héberge ainsi que son petit ami, est assez amusantes à suivre et rappelle quelque peu (en plus soft) celle du commissaire Erlendur (le personnage créé par Indridason) avec la sienne.
On retrouve aussi avec plaisir des personnages secondaires excentriques comme Snaelda, la perruche faisant office de compagne à Einar, ou la mémé-indic qu’il va retrouver dans sa maison de retraite où elle lutte contre le « gang des feux de l’amour », et qui en échange d’une poignée de chocolats consent à lui lâcher quelques informations essentielles.

« J’ai trop souvent l’impression que les rédactions rappellent des usines anonymes où les gens produisent à la chaîne des colonnes de texte qui ne plaisent ou ne servent qu’à un nombre réduit de personnes inconnues d’eux qui achètent de l’espace publicitaire dans le journal. Ensuite tout ce beau monde pointe pour rentrer retrouver sa famille nucléaire après s’être offert une petite halte à la salle de gym. »

Plus encore que dans le précédent roman, la vie journalistique d’Einar au Journal du soir nous est décrite avec un grand réalisme par l’auteur (ah, cette fameuse Question du jour !). On se croirait vraiment dans cette rédaction islandaise, et pour cause, puisque Thorarinsson est lui-même un journaliste réputé en Islande.
Que ce soit pour nous parler du monde du journalisme ou d’autre chose, le ton de l’auteur (par la voix de son héros-narrateur) est toujours aussi incisif. Son ironie quasi-permanente me sied à merveille, et son humour fait souvent mouche (les blagues sont nombreuses dans ce roman).

Comme son compatriote Indridason, Thorarinsson nous donne à voir la face sombre de l’Islande (beuveries, drogue, agressions sexuelles, etc.) dans des descriptions efficaces et non dénuées d’humour, comme en témoigne cette constatation qu’assène un médecin à Einar alors qu’il s’apprête à entrer dans un centre de cure pour lutter contre son alcoolisme (lequel est simulé pour les besoins de son enquête) : « On franchit cette porte d’un pas pesant, me crie-t-il dans le dos. Mais la moitié de la nation est passée par là. Et vous en ressortirez le pied plus léger. »

Du côté de l'intrigue, rien de vraiment exceptionnel, mais j'ai envie de dire qu'on s'en moque : l'essentiel est ailleurs et on suit le roman avec grand plaisir.

Décidément, les auteurs islandais me plaisent.
Je ne remercierai jamais assez le travail conjoint de Métailié (l’éditeur) et d’Eric Boury (le traducteur) sans qui les lecteurs francophones ne passeraient pas ces agréables moments de lectures en compagnie de ces sympathiques personnages islandais.

D’ailleurs, on retrouvera avec plaisir Erlendur et son entourage dès début février avec la parution d’Hiver arctique, le nouvel Indridason. J’en frissonne d’avance.



Le dresseur d'insectes (Dauði trúðsins, 2007) d'Arni Thorarinsson, Métailié/Noir (2008), traduit de l’islandais par Eric Boury (345 pages).

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olivier 15/12/2009 11:36


Pour ma part, j'ai trouvé l'intrigue exceptionnelle.

Même si elle ne devient palpitante que lors du dénouement final, il y a une telle ambiance que même les fausses pistes (la galerie de personnages dans le centre de désixtox est lugubre à souhait,
les pensionnaires rivalisent de bizarerie) nous tiennent en haleine.
Ceci dit, ça dépend sûrement de la façon dont on se plonge dans le récit. Moi, j'ai été happé.
Et puis, c'est pas un thriller non plus. Plutôt un bon roman noir social comme je les aime. J'en ai appris bcp plus sur la société Islandaise qu'en lisant un truc dont l'intrigue serait haletante
du début à la fin. De part son alternance de rythme, cette fiction fait la part belle à l'imagination et n'est pas aussi calme qu'il n'y parait.


Hannibal 18/12/2009 00:00


Je ne me souviens déjà plus des détails de l'intrigue mais je crois que ma définition de l'intrigue est surtout plus restreinte que la tienne j'ai l'impression.
Pour moi il s'agit seulement de la trame "policière", de l'enquête. A peine commence-tu à en parler que tu insères dans ton propos le rapport aux personnages, au centre... Je souscris totalement à
la qualité de ces descriptions mais je ne compte pas cela dans ce que j'entends par intrigue. Du coup, une fois retiré tout ce qui l'enrichit, la substantifique moellle est assez restreinte si mes
souvenirs sont bons, même s'il y a effectivement quelques bonnes fausses pistes. Je me rends compte avec le recul (et ton commentaire) que j'ai peut-être été un peu trop dur par rapport à
l'intrigue qui n'est quand même pas si mal que ça effectivement.
Quant au genre du livre, je sais très bien qu'il ne s'agit pas d'un thriller et je me retrouve totalement dans ce que tu dis. J'aime beaucoup les traductions d'Eric Boury pour les petits plus que
sont ses notes de bas de page, qui nous donne à apprendre pas mal de choses sur la société islandaise (en plus de ce qui se trouve déjà dans le texte). Depuis que je lis du polar islandais, j'ai
d'ailleurs plus envie que jamais d'aller visiter ce pays. Un jour peut-être...


cynic63 21/01/2009 23:06

"tenter"....désolé....
@jeanjean: si c'est au moins aussi bien que l'homme du Lac, je pense que cet Indridason 2009 promet...

Hannibal 21/01/2009 23:11


Il n'y a pas de mal

Hiver arctique, j'en reparle ici bientôt.


cynic63 21/01/2009 23:04

Je n'ai pas lu celui-ci mais le premier. Persos, j'avais trouvé que ça mettait du temps à décoller. Par contre, ça s'emballe bien dans la dernière partie. Je pense que parfois les digressions (descriptives en entre autres) ne s'imposent pas toujours (contrairement à ce qui se passe chez Indridason). Je me laisserai quand même tenté à nouveau...ne serait-ce que pour l'humour qui apparaît parfois

Hannibal 21/01/2009 23:08


Je pense personnellement que celui-ci est meilleur que le précédent. Apparemment je ne suis pas le seul à le penser. Tu peux pour t'en convaincre lire la critique de Jean-Marc Lahérrère par exemple.
J'espère sincèrement qu'il te plaira.
A bientôt sur la blogosphère du polar


chris89 20/01/2009 21:44

Voici des titres bien tentants, après la Finlande, le Danemark pourquoi pas l'Islande. Les pays nordiques sont souvent propices à de bons thrillers .

Hannibal 21/01/2009 09:25


Si tu cherches des thrillers dans le sens beaucoup d'action, de suspense, de frissons, etc. tu risques la déception avec les auteurs nordiques.
La plupart d'entre eux sont plus proches du roman noir que du thriller, ce qui n'empêche pas le lecteur d'être pris au jeu.

Concernant la Finlande, je n'ai encore rien lu et ne connait de nom que Matti Yrjänä Joensuu et Leena Lehtolainen, plus Arto Paasilinna bien sûr mais je ne le classerai pas
en "polar".
As-tu aimé des auteurs finlandais de polar ? Je suis preneur de conseils.

Je suis passé faire un tour sur ton blog. Je vois que tu as apprécié Le maître des noms, que j'ai en haut de ma liste de livres à lire. J'espère ne pas être déçu.


jeanjean 19/01/2009 12:43

je n'ai pas réussi à rentrer dans ce roman, que j'ai abandonné au bout de 100 pages, mais peut-être vaut-il mieux lire d'abord le premier ?
Par contre, j'ai commencé Hiver arctique d'Indridason, et ça commence bien...

Hannibal 20/01/2009 09:26


J'ai personnellement lu le premier auparavant mais je ne pense pas que ce soit particulièrement nécessaire.
Super alors, j'ai vraiment hâte de l'avoir entre les mains celui-là.
A bientôt et bonnes lectures