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Dimanche 30 novembre 2008
Les requins de Trieste est le premier roman de Veit Heinichen, journaliste et auteur allemand s’étant installé à Trieste (nord-est de l’Italie) où il situe les enquêtes du commissaire Laurenti, son personnage récurent.


Résumé

Un yacht s’échoue sur la côte Adriatique. À bord, aucune trace de son richissime propriétaire, Bruno de Kopfersberg. Le commissaire Laurenti est en terrain connu : vingt-deux ans plus tôt, il n’a pas réussi à prouver que l’homme d’affaires s’était débarrassé de sa femme en mer… Cette fois, il veut des réponses. Mais il semblerait que la Mafia soit liée à l’affaire, et que la paisible Trieste soit devenue un enjeu pour le crime organisé…


Mon avis

M’étant rendu compte que je n’avais jamais lu de polar écrit par un auteur allemand je me suis dit en voyant ce roman que je tenais là l’occasion de m’y essayer.

 

Pour ceux qui voudraient lire du polar allemand, il y sûrement mieux pour commencer.

 

Tout d’abord parce que l’action se déroule à Trieste et que, de fait, la plupart des protagonistes sont italiens, et l’atmosphère (canicule, etc.) plus méditerranéenne que rhénane.

 

Ensuite parce que Les requins de Trieste n’est pas selon moi un polar de très haut niveau.

Veit Henichen est journaliste et la quatrième de couverture (dans la version poche) nous prévient par l’intermédiaire d’une citation d’un article du Monde : « Ce livre rythmé, haut en couleur, maîtrisé, fouille les poubelles de la nouvelle Europe mieux qu’une thèse. »

 

Ce n’est pas complètement faux certes, mais de là vient le plus grand souci que j’ai eu avec ce roman.

 

Les journalistes à s’être essayé au polar sont nombreux. Le genre doit bien s’y prêter.

Parmi eux, certains connaissent la réussite (commerciale ou d’estime). Parmi mes dernières lectures je pense à Stieg Larsson, à Olav Hergel ou encore à Gene Kerrigan.

Cependant, tout bon journaliste ne devient pas un bon auteur, de polar qui plus est.

Exposer des faits, décrire un ou plusieurs « milieux », les journalistes savent le faire.

Mais écrire une intrigue qui captive le lecteur et faire vivre des personnages qui le font vibrer et auquel il s’attache leur est peut-être plus compliqué.

C’est ce que j’ai ressenti à la lecture des requins de Trieste. L’intrigue est très lente, guère passionnante et dans l’ensemble je n’ai pas accroché aux personnages, commissaire Laurenti compris, trop lisses, voire banals pour attirer l’attention.

 

Si je n’ai pas trouvé cette lecture inintéressante, puisque effectivement, elle décrit bien les différents trafics (détournements de fonds, prostitution, etc.) permis par le développement et l’élargissement de l’Union Européenne, j’ai parfois trouvé que cela tenait plus de l’exposé (ou de l’article de journal) que du roman policier.

 

Pour reprendre la citation du Monde, je dirais que certes ce livre est « maîtrisé » et « fouille les poubelles de la nouvelle Europe mieux qu’une thèse », mais pour ce qui est du « rythmé » et du « haut en couleur », il faudra selon moi repasser.




Les requins de Trieste (Gib jedem seinen eigenen Tod, 2001) de Veit Heinichen, Seuil(2006). traduit de l’allemand par par Alain Huriot (325 pages).

 

Par Hannibal - Publié dans : Polar allemand
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Vendredi 28 novembre 2008
Stéphane Michaka a déjà beaucoup écrit mais La fille de Carnegie est son premier roman.
En effet, ce jeune auteur écrit essentiellement pour le théâtre et ce roman n’est autre que la novélisation de sa pièce éponyme.

La fille de Carnegie fait partie des trois polars français sélectionnés cet automne pour le Prix SNCF du Polar.


Résumé

Robert Tourneur, lieutenant à la brigade des homicides de Manhattan Nord, cherche tous les prétextes pour ne pas rentrer chez lui. Cette nuit-là, il a une bonne raison de faire des heures supplémentaires : depuis 22h16, la confusion règne au Metropolitan Opera. Un homme est tombé d'une loge en pleine représentation de La flûte enchantée. Sur sa poitrine, trois trous laissés par des balles de 9 mm. Nul ne sait ce qu'il faisait dans cette loge réservée à la riche héritière Sondra Carnegie, l'une des critiques d'opéra les plus en vue du milieu. Sondra semble s'être volatilisée. En revanche, on appréhende un suspect hirsute nommé Lagana. Quand ce dernier arrive devant Tourneur pour être interrogé, le lieutenant le reconnaît aussitôt : c'est un ancien collègue qu'il a mille raisons de détester. Commence alors une longue nuit de garde à vue, qui plonge les deux hommes au cœur d'une trouble histoire de meurtre, de fantasmes, de jalousie et de manipulation.


Mon avis

Sachez pour commencer que La fille de Carnegie a une histoire pour le moins singulière.
Il s’agit tout d’abord d’une pièce de théâtre policière (si si, ça existe) écrite par Stéphane Michaka, jouée par diverses troupes et reconnue par la critique.
C’est François Guérif, directeur de "Rivages/Noir", qui repère le potentiel de cette histoire et demande à l’auteur d’en faire roman.

Il ne doit pas être évident de faire d’une pièce de théâtre d’une heure et demie et comportant en tout et pour tout trois personnages un roman dense de plus de cinq cent pages.
C’est pourtant ce que Michaka a réussi à faire avec la collaboration de Guérif.

Il y a dans ce roman, outre une grande qualité d’écriture, parfois poétique, une forte densité, qui oppresse le lecteur pour son plus grand bonheur.
Malgré sa longueur (presque 600 pages) et certaines scènes descriptives, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, et me suis laissé totalement happer par l’intrigue.
Si le roman est dense, la pièce de théâtre, qui est sûrement sa version concentrée, doit être d’une intensité extrême.

La psychologie des personnages est très développée, et le « duel » que se livrent Tourneur (le flic accusateur) et Lagana (l’accusé, ex-flic et ex-collègue du premier cité) durant ce long interrogatoire est vraiment de haut niveau.

Belle découverte que La fille de Carnegie. A la lecture de ce roman, il me vient deux envies : voir un jour la pièce de théâtre et lire un nouveau roman de Stéphane Michaka.


La fille de Carnegie, Stéphane Michaka, Rivages/Noir (2008), 576 pages.
Par Hannibal - Publié dans : Polar français
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Lundi 24 novembre 2008

London Boulevard est l’un des derniers romans de Ken Bruen, prolifique auteur de romans noirs irlandais, à paraître en France.

Il a été choisi pour faire partie de la sélection d’automne du Prix du Polar SNCF dans la catégorie « Polars européens ».

Résumé

Lorsque Mitch est libéré, après trois ans de cabane pour une bagarre dont il n'a gardé aucun souvenir, son pote Norton l'attend de pied ferme : appart, braquages, menus services sa voie est toute tracée. Mais Mitch veut changer, vivre à l'honnête. Alors il se dégotte un boulot d'homme à tout faire chez une star déchue du théâtre, la fantasque Liilian Palmer, qui rêve de revenir sur les planches. Un temps, il braque, brique et couche avec sa patronne. Jusqu'au jour où son passé resurgit avec violence, en s'en prenant à Briony, sa soeur adorée et un peu dérangée.


Mon avis

« Mon cœur battait la chamade et des torrents de sueur me ruisselaient le long du dos. Non pas que je me sois cru revenu en prison, oh non, c’était plutôt parce que je m’en savais sorti. Au gnouf, les gars m’avaient prévenu : « Y a rien de plus flippant que de se retrouver dehors. »
Ca doit être pour ça qu’il y en a tant qui y retournent.
Tout fort, je m’en suis fait le serment :
Plutôt crever que d’y retourner. »

Cet extrait, que l’on peut lire dès les premières pages annonce clairement la couleur de ce nouveau Ken Bruen, auteur bien connu des passionnés de romans noirs mais que je n’avais pas encore eu l’occasion de découvrir.


C’est donc chose faite, et bien faite puisque cette lecture m’a beaucoup plu.

Je pense pouvoir dire sans me tromper que Ken Bruen a un style particulier.
Il écrit avec des mots très simples. Il écrit avec des phrases plutôt courtes. Il écrit dans un registre souvent familier, parfois vulgaire. Et pourtant, un vrai style littéraire s’en dégage, souvent porteur d’émotions.
Lire des passages comme celui cité ci-dessus me plait beaucoup. C’est très simple et pourtant tellement efficace. Ca fait vibrer, ressentir des émotions profondes, tout en ayant l’air de rien. Et ça justement, ce n’est pas rien.
Il utilise aussi – au moins dans London Boulevard – des listes de mots à la ligne plutôt que la virgule dès qu’il part dans les énumérations.
C’est assez déroutant au départ mais on s’y habitue assez vite et, là aussi, ça donne un certain style, et peut-être plus de punch qu’une liste de mots séparés par des virgules. C’est plus clair, plus expéditif.
Exemple : « La Rolls sentait
                                           le propre
                                           le chêne
                                           le vieux cuir
                                           le fric. »


Au niveau de l’intrigue, rien de vraiment exceptionnel, mais ce thème désormais classique qu'est la réinsertion des "truands" est bien traité, tantôt avec gravité tantôt avec humour et Mitch, le personnage principal, est très attachant malgré ses nombreux défauts.
Et lorsque l’on ajoute à cela l’écriture si particulière dont je viens de vous parler, les pages tournent toutes seules, et à grande vitesse.

Intéressant également pour les amateurs de roman noir : Ken Bruen glisse dans son roman de nombreuses références littéraires, et c’est une véritable bibliographie que l’on peut se faire tout au long de London Boulevard.
On y croise Harry Crews, Robin CookGeorge Pelecanos, James Sallis, et bien d'autres, moins connus et parfois non traduit en français à ce jour.

Ken Bruen est un auteur talentueux que je suis ravi d’avoir découvert et que je relirai sûrement.



London Boulevard (London Boulevard, 2001) de Ken Bruen, Fayard noir (2008). traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Cheval et Marie Poux (322 pages).

Par Hannibal - Publié dans : Polar irlandais
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Lundi 17 novembre 2008

En 2008, pour la quatrième année consécutive, le forum des Limbes de Maxime Chattam et celui des Rivières Pourpres s'associent pour élire le meilleur polar / thriller de l'année. Une présélection a eu lieu au cours des mois de septembre et octobre 2008, et 5 romans publiés entre octobre 2007 et septembre 2008 ont été choisis pour participer au vote final.

Les 5 romans sélectionnés cette année sont :
- L'ange du mal, de Gilles Caillot
- Shadow Man de Cody McFadyen
- Marketing Viral, de Marin Ledun
- Les Morsures de l'ombre, de Karine Giebel
- Instinct, de Jérôme Camut et Nathalie Hug

Le vote final aura lieu en janvier 2009.


Palmarès

- L'édition 2007 avait été remportée par L'Oeil de Caine, de Patrick Bauwen (Albin Michel) et L'Evangile selon Satan, de Patrick Graham (Anne Carrière).
- L'édition 2006 avait été remportée par Hématome (Calmann-Levy), de Maud Mayeras, avec 64% des suffrages.
- L'édition 2005 avait été remportée par Franck Thilliez, avec La Chambre des Morts (Le Passage).



Je participe tous les ans avec grand plaisir à ce prix, et je n'ai jamais été déçu par le choix des lecteurs.


La préselection a déjà été l'objet de vifs débats, et sortir cinq romans seulement parmi la production éditoriale - riche - d'une année entière est très difficile. C'est forcément pour tous les lecteurs passionnés que nous sommes un crève-coeur que de voir tel ou tel livre ne pas être sélectionné.


Les lecteurs participant étant plus amateurs de thrillers que de romans noirs, la sélection s'en ressent. Aussi ce prix ne conviendra peut-être pas, cette année du moins, à des lecteurs adeptes de noir et/ou allergique aux thrillers.

Il ne tient donc qu'à eux de s'inscrire l'année prochaine afin de nous offrir une sélection plus diversifiée.

 

Pour s'inscrire ou pour des renseignements supplémentaires, n'hésiter pas à envoyer un courriel à : rivieres.pourpres@free.fr

Par Hannibal - Publié dans : Prix et récompenses littéraires
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Dimanche 16 novembre 2008

Le carré de la vengeance est la première enquête du commissaire Van In créé par Pieter Aspe à paraître en France.

Ce livre fait partie de la sélection automnale du Prix SNCF du polar dans la catégorie « Polars européens ».


Résumé

Van In : ce flic-là, vous allez l'adorer ! Un sale caractère, aucun sens de la hiérarchie, un humour caustique... cet amateur d'art, de cigares, de bière et de jolies femmes (et plus particulièrement Hannelore Martens, substitut du procureur) n'a pas son pareil pour déjouer les affaires les plus tordues. Bruges, la mystérieuse : Bruges, c'est SA ville. Elle ne peut rien cacher à Van In.


Mon avis

Il faut avant tout savoir que si le commissaire Van In est encore quasiment inconnu dans l’hexagone, il est depuis longtemps (ce roman est sorti là-bas en 1995) une valeur sûre du polar en Belgique où chaque nouveau roman fait un tabac avant d’être adapté à la télévision.


J'ai trouvé ce bon roman policier très « décontractant ». Je m’explique.


Le carré de la vengeance est un de ces romans policiers qui se lisent très bien et avec plaisir : jusque là rien d’anormal.
Mais il s’agit surtout d’un roman policier où la violence est très peu présente et où le sang et le sexe sont aux abonnés absents, ce qui est très rare de nos jours, je peux vous l’assurer.

Se passer de ces ingrédients que trop d’auteurs croient indispensables à un « vrai » polar est déjà en soi un pari osé.
Ajoutez à cela des personnages réussis et une intrigue crédible qui tient le lecteur en haleine et on n’est pas loin du coup d’éclat.

Les personnages, qu’ils soient  principaux ou secondaires, sont tous plaisants.
Concernant les personnages principaux, j’ai trouvé intéressant de suivre l’histoire de Van In avec la procureur Martens (certes un peu trop parfaite, comme souvent les premiers rôles féminins dans le polar, pour être totalement crédible), le suspense étant total (je rigole) : osera-t-il l’aborder ?
Parmi les personnages secondaire, j’ai beaucoup aimé le petit bleu qui n’y connaît rien aux femmes et tanne constamment ses collègues avec ses questions.

L’intrigue, dont le démarrage autour d’un vrai faux cambriolage de bijouterie dans le centre de Bruges est assez originale au départ puis devient plus « classique » par la suite tout en restant agréable à suivre jusqu’au bout.

Permettez-moi de mettre un carton jaune à l’éditeur pour son « résumé » de quatrième de couverture, aussi pitoyable qu’inexact à mon goût. Un vrai résumé d’accord, mais ça : mieux vaut s’en passer. Et si on n’adore pas Van In, on peut attaquer pour publicité mensongère ?


Cette première enquête de Van In est un bon polar, qui ne heurtera personne, idéal à lire pour faire une coupure après une indigestion de polars sanglants.

Pour ceux qui ne pourraient déjà plus se passer de Van In : la seconde enquête du commissaire de Pieter Aspe, Chaos sur Bruges est déjà sortie.



Le carré de la vengeance (Het vierkant van de wraak, 1995) de Pieter Aspe, Albin Michel (2008), traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuèle Sandron (336 pages).
Par Hannibal - Publié dans : Polar belge
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Lundi 10 novembre 2008
Le chemin des sortilèges est le dixième roman de Nathalie Rheims, publié comme les précédents par les éditions Léo Scheer.

Résumé


Un jour, il est parti. Lui qui l’avait vue naître et accompagnée depuis toujours, il s’est retiré dans la solitude. Dix ans plus tard, elle retrouve sa trace et le rejoint pour comprendre ce qui s’est passé. Dans une maison aux apparences trompeuses commence un huis clos où les cauchemars se confondent avec le réel. Les souvenirs ressurgissent à travers les contes de fées qu’une main invisible dépose chaque soir à son chevet. De l’éveil de La Belle au bois dormant au crépuscule de La Petite Marchande d’allumettes, elle franchit les étapes d’une étrange initiation qui la mène à un secret bouleversant. Aura-t-elle la force d’aller au bout de la vérité, de sa vérité ? Le Chemin des sortilèges est le dixième livre de Nathalie Rheims.


Mon avis

Ce livre vers lequel (soyons francs) je ne serai jamais allé de moi-même m’a été offert gracieusement par le site chez-les-filles.com, que je tiens d’ailleurs à remercier publiquement pour leur collaboration.

Au contraire de De Niro’s Game, reçu par le même biais et qui m’avait beaucoup plu, celui-ci ne m’a guère enthousiasmé.

J’aurai bien du mal en étant objectif de dire du mal de ce roman, qui a sûrement pas mal de qualités, littéraires notamment.
Mais d’un point de vue purement personnel, je dois dire que ce genre de roman n’est pas du tout ma tasse de thé.

J’ai lu Le chemin des sortilèges sans problème et même assez rapidement puisqu’il est bien écrit (l’écriture est fluide, pas indigeste pour un sou) et très court (moins de 200 pages).
Le problème étant que s’il ne m’a pas vraiment déplu (c’est déjà ça me direz-vous), je n’y ai trouvé quasiment aucun plaisir.

Le seul élément du roman ayant réellement attiré mon attention est le travail réalisé par Nathalie Rheims autour des contes traditionnels, qu’elle réécrit ici à sa façon dans le cadre de son histoire. C’est donc avec un certain plaisir que j’ai lu avec attention les passages concernant Barbe-Bleue ou encore La petite sirène pour ne citer que ces deux là.

Si je ne doute pas un instant que ce roman plaira à un certain public, je n’en fait apparemment pas partie.


 

Le chemin des sortilèges, Nathalie Rheims, Léo Scheer (2008), 184 pages.

Par Hannibal - Publié dans : Littérature française
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Vendredi 7 novembre 2008

Montmartre Mont des Martyrs est le dernier roman de Chantal Pelletier, auteur connue des amateurs de polars pour son personnage Maurice Laice, que l’on retrouve ici à ses débuts.

Ce polar est l’un des trois romans faisant partie de la sélection d’automne du Prix SNCF du Polar dans la catégorie polars français.


Résumé


Le 10 mai 1981, soir de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, alors que la fête bat son plein, une famille est massacrée à Paris.
Trois ans plus tard, alors que d'exceptionnelles manifestations déferlent dans les rues des grandes villes de France, Maurice Laice, jeune recrue de police dans son Montmartre natal, fouille les poubelles de la Butte et nous donne à voir, outre les joies et tourments de son premier amour, les bouleversements qui agitent 1984, année charnière que crise économique et désillusions transforment en singulier miroir de notre époque.
Des squats d'artistes montmartrois aux manoirs bourgeois du Mâconnais, des boîtes de travestis de Pigalle aux galeries d'art blotties à l'ombre du chantier du futur Opéra Bastille, Maurice découvre que 24 ans n'est pas forcément le plus bel âge de la vie.


Mon avis


Deux personnages se disputent la vedette dans ce roman noir dont l’écriture plutôt simple mais raffinée donne à la lecture une agréable douceur : il s’agit de Montmartre et de Maurice Laice.

S’il y a bien quelque chose dont on est rapidement certain à la lecture de Montmartre Mont des Martyrs, c’est que l’auteur connaît bien ce quartier, qui fut un temps le sien.
Une bonne partie de l’intrigue se déroule dans le célèbre quartier parisien et Chantal Pelletier  se permet quelques passages descriptifs magnifiques et d’un haut niveau littéraire.

Les amateurs de Maurice Laice le retrouveront avec plaisir dans sa première enquête – qui se déroule donc chronologiquement avant celles publiées dans les précédents romans – qui débute par la découverte dans un bosquet de la butte du cadavre d’un bel homme en tenue d’Adam.
On suit avec plaisir l’enquête que mène Maurice à travers un Paris en folie suite à l’élection de François Mitterand à la présidence de la République.

L’intrigue n’est pas à proprement parler exceptionnelle mais le roman est très agréable à lire de bout en bout et le tout apparaît d’une grande fluidité.
Si certains auteurs,  a vouloir trop en faire au niveau de l’intrigue multiplient les pistes,  perdant parfois le lecteur en chemin, et font des rebondissements (parfois tirés par les cheveux) une obligation, ici, il n’y a rien de tout ça sans que cela ne nuise à la qualité du roman pour autant.

Un bon roman pour ceux qui comme moi voudraient découvrir Maurice Laice et l’écriture de sa créatrice mais aussi pour ceux qui voudraient le retrouver.


 

Montmartre Mont des Martyrs, Chantal Pelletier, Série Noire (2008), 235 pages.

Par Hannibal - Publié dans : Polar français
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Mercredi 5 novembre 2008

Scalpel est le dernier roman paru en France du prolifique auteur écossais qu'est Campbell Armstrong. Il s'agit de la quatrième enquête de Lou Perlman un policier juif opérant à Glasgow.

Il fait partie de la sélection automnale du Prix SNCF du Polar dans la catégorie « Polars européens ».



Résumé


En congé maladie prolongé, Lou Perlman se morfond et attend les lettres de Miriam, son inaccessible belle-sœur. Une main sectionnée (à la scie, travail propre) est découverte chez lui dans un sachet en plastique, sous une pile de journaux. Qui en veut à Lou ? Latta, le flic cinglé, sa pire Nemesis ? Désœuvré, Lou enquête sur un trafic d’organes en ayant recours à ses vieux indics, et à son inimitable méthode. Cela le mènera chez Dorcas, un ex-chirurgien cinglé, et sur les traces d’un travesti qui a besoin de fric pour parachever sa transformation… Des scènes terrifiantes dans une maison victorienne délabrée digne de “Psychose” ; d’autres montrant une bande de gamins intrépides, sans valeurs ni ligne de conduite, qui n’ont de pitié que pour leur mascotte, un furet nommé Issy : Glasgow devient un territoire lunaire de violence pure et gratuitement désespérée, où tout peut arriver.



Mon avis


Scalpel est le premier roman de Campbell Armstrong que j’ai eu l’occasion de lire.
Je ne crierai pas au génie, mais cet auteur fait désormais partie - comme tant d’autres – de la longue liste d’écrivains dont j’envisage d’approfondir la lecture de leur œuvre.

C’est un roman noir assez classique dirons-nous, avec la plupart des personnages incontournables du genre : le flic mélancolique et buveur de whisky (celui-ci a au moins une circonstance atténuante, il est Écossais !), les tarés de service, la femme fatale qui va bien, etc.
Lou Perlman, le personnage principal est particulièrement réussi et m’a fait penser à certains moments – lors de ses périodes de spleen surtout  – à l’un de mes personnages de polar préférés : Erlendur Sveinsson, le commissaire d’Indridason. Comme lui, Perlman aime prendre son temps lorsqu’il enquête pour aller rendre visite à ses tantes (juives comme lui) autour de biscuits et d'une "cup of tea" par exemple.

Du coup, pas de suspense intenable ni de scènes d’action en cascades. L’intrigue, débutant par une main mystérieuse que Perlman retrouve dans le bazar de sa propre chambre, est somme toute assez simple et l’on peut même parler par moments (assez rares certes) de longueurs. Celles-ci sont toutefois largement compensées par d’excellents passages, comme le chapitre 26, dans lequel Armstrong nous donne à voir un quartier populaire de Glasgow ainsi qu’une description, aussi belle que juste, d’une bande d’ « enfants perdus » des temps modernes. Pour dire, je l’ai même relu, chose qui ne m’arrive pas souvent.

Je n'ai pas - encore - lu les aventures de Rebus (oui, c'est un peu honteux, je sais, mais par pitié, ne me fouettez pas !) mais je pense qu'on peut dire que Campbell Armstrong est à Glasgow ce que Ian Rankin est à Édimbourg.


J’ai passé au final un bon moment de lecture avec Scalpel, ce long roman noir (420 pages) qui s'il n'est pas exceptionnel n’en demeure pas moins d’une qualité certaine.



Scalpel (Butcher, 2006) de Campbell Armstrong, Le Masque (2008), traduit de l'anglais (Écosse) par Freddy Michalski (420 pages).

Par Hannibal - Publié dans : Polar écossais
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Samedi 1 novembre 2008

La voleuse de livres (ou The Book Thief, en VO) est un roman très original du jeune auteur (né en 1975) Marcus Zusak, Australien enseignant l'Anglais à Sidney.

Il a été unanimement salué par la critique tant en France que dans les pays anglo-saxons et a remporté de nombreux prix.



Résumé


Un roman où il est question : d'une fillette, de mots, d'un accordéoniste, de fanatiques, d'un boxeur juif, d'un certain nombre de vols...

C'est la Mort elle-même qui raconte cette histoire. Dotée d'un humour noir, sarcastique, mais compatissant, elle est témoin de la folie des hommes. Tout semble perdu d'avance, sauf quand se distinguent des enfants rebelles et des Allemands qui n'obéissent pas aux règles...
Quand la mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter !


Mon avis


Certaines personnes ayant déjà lu ou entendu parler de ce magnifique roman vont peut-être se demander pourquoi il ne se trouve pas en littérature jeunesse.
J’ai un moment hésité, il est vrai, quant à l’emplacement de ce roman par rapport aux différentes catégories de mon blog.
J’ai finalement opté de ne pas le mettre avec les romans pour la jeunesse et ce principalement pour deux raisons.
     1) Il existe plusieurs éditions de ce livre en France. Une édition clairement « jeunesse » certes, mais également une édition plus « adulte », comme c’est maintenant le cas de temps en temps (je pense à l’excellent Bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon ou encore à la fameuse saga du Clan des Otori de Lian Hearn).
     2) Certains lecteurs – peut-être certains de mes visiteurs se reconnaîtront là – vont encore à reculons (ou pire, n’y vont pas du tout) vers certains romans dès lors qu’ils sont catalogués « jeunesse » et ce pour de nombreuses raisons sur lesquelles je ne vais pas m’étendre ici. Cela serait dommage de passer à côté de ce merveilleux roman parce qu’il a été écrit « pour des enfants ».

Après cette petite mise au point qui je l’espère n’a pas été trop inintéressante, parlons du principal : La voleuse de livres de Markus Zusak.

Difficile de résumer ce superbe roman, un des plus originaux que j’ai pu lire ces dernières années – d’ailleurs il n’y a qu’à voire le résumé de l’éditeur pour s’en rendre compte.

En fait il s’agit d’une grande aventure, construite autour de la vie d’une fillette allemande, Liesel Meminger, qui n’est autre que la voleuse de livres, histoire se déroulant près de Munich pendant la Seconde Guerre mondiale.
Surtout, que ceux qui n’aiment pas l’Histoire ne fuient pas, il ne s’agit absolument pas d’un énième roman historique sur cette sombre période, mais de toute autre chose.

La grande particularité du récit repose sur le choix du narrateur.
C’est la Mort elle-même qui nous raconte cette histoire (à la troisième personne), ce qui lui permet d’avoir un point de vue omniscient sur les personnages. Sur leur présent (c’est plutôt banal), mais également sur leur avenir.
Autre originalité de la narration : le texte principal est entrecoupé de petites phrases, mises en avant (en gras) pour insister sur certains points. Plutôt réticent vis-à-vis de ce procédé au départ, je me suis rendu compte à l’usage que cela permettait de changer de rythme de lecture, de faire un pause, une respiration dans le récit, ce qui est parfois bienvenu.

Amour, haine, guerre, amitié, bonheur, tristesse, … presque tous les sentiments humains sont présents dans ce roman hors normes qui tantôt nous fait sourire tantôt nous arrache une petite larme, mais qui en tous les cas ne peut laisser personne indifférent.

On y trouve également de très belles phrases, comme celle-ci, aussi vraie qu’humoristique, que prononce la Mort et que je ne peux m’empêcher de vous citer.
« Parfois, ça me tue, la façon dont les gens meurent. »

Polar mis à part, La voleuse de livres est sûrement le roman que j’ai préféré lire cette année.

Si vous étiez déjà tenté ou si je vous ai mis l’eau à la bouche, n’hésitez plus, allez-y (et repassez m’en dire deux mots) !


Par Hannibal - Publié dans : Littérature étrangère
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Mardi 28 octobre 2008

L’homme au ventre de plomb est la seconde enquête menée par Nicolas Le Floch, ce jeune commissaire dont les aventures se déroulent dans la seconde moitié du XVIIe siècle imaginé par Jean-François Parot.

 


Résumé


Fin de l'année 1761 : la guerre de Sept Ans prend une tournure de plus en plus désastreuse, l'expulsion des jésuites est en discussion et la marquise de Pompadour vit ses derniers temps de faveur.
Nous retrouvons Nicolas Le Floch à la première des Paladins de Rameau à l'Opéra, à laquelle assiste Madame Adélaïde, une des filles de Louis XV. Durant la représentation, le comte et la comtesse de Ruissec, qui accompagnaient la princesse, sont informés du suicide de leur fils, et Nicolas suit son maître Sartine jusqu'à l'hôtel des malheureux parents, où il va faire de bien curieuses constatations.
Nicolas découvre bientôt que ces meurtres paraissent liés à un complot jésuite. Mais ne s'agit-il pas là de fausses apparences, d'une manipulation compliquée des divers partis qui s'affrontent secrètement à la Cour.

 

Mon avis

 

Si je connaissais déjà les romans de Jean-François Parot de vue, à force de les croiser dans les rayonnages policiers des bibliothèques que je fréquente, il ne m’était encore jamais vraiment venu à l’esprit de les lire.

 

L’occasion m’en a été donnée par les adaptations par France 2 des enquêtes de Nicolas Le Floch.
L’homme au ventre de plomb étant le premier épisode diffusé par la chaîne publique, ceci explique pourquoi j’ai commencé par ce roman, qui est pourtant le second de la série, et non par le premier, L’affaire des Blancs-Manteaux, dont je vous reparlerai ici dans quelque temps, tout comme les adaptations en question.

 

Ayant été sensibilisé à la période dite « moderne » de par mes études d’histoire, je me suis plongé rapidement et avec délectation dans cet univers si singulier qu’est la France du XVIIe siècle, dans laquelle Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet, côtoie aussi bien le faste de la cour du roi Louis XV à Versailles qu’il arpente les rues mal famées de la capitale.
Parot situe son action dans une période historique bien définie et parvient à nous la faire vivre non sans détails et sans jamais tomber dans le cours magistral, ce qui est toujours l’un des risques avec le roman historique.

 

L’autre risque récurrent propre au roman historique, et plus encore au polar historique, est d’oublier l’intrigue sous couvert de développer des éléments historiques.
Là encore, Jean-François Parot évite cet écueil en nous offrant une bien agréable intrigue.
Un « suicide » au sein d’une famille de la noblesse parisienne comme point de départ. L’enquête de Nicolas Le Floch, jeune commissaire bien sympathique, est lancée, et ne va pas s'en tenir là.
Secrets, rebondissements, montée en puissance de l’intrigue : les ingrédients d'un bon polar sont là pour le plus grand plaisir du lecteur.
Je regrette juste la présentation des conclusions du commissaire que j’ai trouvé un peu trop théâtrale, et par là peu crédible. Sans dévoiler l’issue de l’enquête, disons qu’une réunion est organisée avec les différents protagonistes, un peu à la manière de celles qu’affectionne Hercule Poirot.

 

L’homme au ventre de plomb est un roman policier historique de qualité qui offrira assurément un bon moment de lecture aux amateurs du genre.

Par Hannibal - Publié dans : Polar français
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