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Hannibal le lecteur

Pike / Benjamin Whitmer

10 Décembre 2013 , Rédigé par Hannibal Publié dans #Polar américain

Pike / Benjamin Whitmer

Pike, premier roman de l'Américain Benjamin Whitmer, est paru chez Gallmeister en 2012, avec Jacques Mailhos à la traduction.

Résumé

Pike est un ancien truand qui s'est quelque peu calmé l'âge aidant. Il vit de petits boulots dans les environs de Cincinnati, accompagné de son pote Rory, un jeune gars qui rêve de percer dans la boxe. Sans nouvelles de sa famille depuis belle lurette, Pike apprend la mort de sa fille Sarah et se voit confier sa petite-fille, Wendy. Pas facile de s'occuper d'une gamine inconnue quand on n'a même pas su s'occuper de ses propres enfants. Comment Sarah en est-elle arrivée à mourir d'une overdose ? Pike va essayer d'en savoir plus sur sa fille qu'il a peine connue.

Mon avis

Il y a des romans noirs qui le sont plus ou moins. Celui-ci, on le sait dès les premières lignes, fait dans le noir foncé. Chapitres courts (à peine quelques pages parfois), phrases imagées et percutantes : Benjamin Whitmer ne compte pas traîner en route et faire dans la dentelle.
Le roman s'ouvre sur une scène mettant en scène Derrick Krieger, l'autre personnage-clé de Pike. Flic ripou et raciste, il tue un jeune noir du ghetto de Cincinnati sans que cela ne soit justifié. Il croise ensuite le parcours de Pike et Wendy et est amené lui aussi à enquêter sur la mort de Sarah, à sa façon.


« Cincinnati, c'est des centaines, des milliers de villes, mais ses habitants la réduisent d'ordinaire à deux. L'une est la rive ouest, la rive riche, les collines amples et les quartiers désuets où de jeunes policiers tirent leurs classes à surveiller les lignes de démarcation. L'autre, la rive est, est le produit d'esclaves et d'immigrés allemands et de la haine qu'ils ont alimentée entre eux. Les flics de Cincinnati vivent sur la rive est, les gouverneurs de Cincinnati vivent sur la rive ouest. Ils se rencontrent dans le centre, comme le marteau et l'enclume, écrasant tout ce qui se trouve entre eux. »

Prostituées, camés, tripots mal-famés, combats de boxe clandestins, rues désolées et enneigées, etc. Rien ne nous est épargné par Benjamin Whitmer, pas même la violence de certaines scènes – sans qu'il n'y ait non plus surenchère en la matière. À côté de ça, quelques beaux passages sur la littérature ou sur le temps qui passe...


« Ces parties de chasse les avaient rapprochés. De même que leurs séances d'abattage, sous la tente en bâches de plastique dressée dans leur cour de derrière, où ils écoutaient de la musique country and western en riant l'un de l'autre au-dessus des quartiers de viande. Pike n'apprendrait que plus tard qu'ils braconnaient. La nature était vaste et ils avaient besoin de cette nourriture. Sans se le formaliser, Pike considérait que ces espaces leur appartenait. Ils avaient tué des cerfs dans les moindres recoins, sur les moindres collines, et il se disait qu'ils avaient marqué leur territoire à chaque bête abattue. La terre n'était pas une chose que l'on pouvait s'approprier par la grâce d'un bout de papier.

Aujourd'hui presque tous les cerfs ont disparu. Vous aurez de la chance si vous en voyez entre le début et la fin de la saison. Mais Pike ne chasse plus pour manger. Il a juste besoin d'aller marcher dans la forêt, avec la Winchester 30-30 à levier sous garde de son père, en repensant à cette ancienne stabilité qu'il trouvait à regarder le vieux réagir. Ça lui rappelle l'homme qu'il voulait être quand il était petit. Ça lui fait oublier celui qu'il a fini par devenir connerie après connerie. »


De Rory à Pike en passant par la petite Wendy, on s'attache assez aux personnages, sauf à l'infâme Derrick bien sûr (bien plus atroce que son homonyme télévisuel, mais rien à voir).

« - Personne lit les mêmes livres que Pike lit. J'ai fait l'erreur d'en ouvrir un une fois. Je me suis réveillé deux jours plus tard allongé sur le sol, avec le mal de crâne d'un type qu'on aurait assommé à coups de démonte-pneu. Je me rappelle même plus de quoi ce foutu truc parlait.

- Je t'imagine facilement te retrouver K.-O. à la simple vue d'un truc à lire, dit Wendy. »

Le talent est là, c'est certain. Pourtant, sans que ce ne soit vraiment dicible, on sent qu'il manque un petit quelque chose. Précisément ce qui aurait fait de ce bon roman un grand roman. Une plume à suivre de près néanmoins.

Pike (Pike, 2010), de Benjamin Whitmer, Gallmeister (2012). Traduit de l'américain par Jacques Mailhos, 261 pages.

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